Plan de développement des compétences : comment le construire et le financer en 2026
La plupart des PME ont un plan de formation. Quelques lignes dans un tableau Excel, les mêmes formations chaque année, un budget "formation" reconduit tacitement. Ce n'est pas un plan de développement des compétences — c'est une liste de dépenses habituelles. La différence ? Un vrai PDC part des enjeux stratégiques de l'entreprise, identifie les écarts de compétences, priorise les actions et mesure les résultats. C'est un outil de pilotage RH, pas une formalité administrative.
Qu'est-ce que le plan de développement des compétences ?
Le plan de développement des compétences (PDC) a remplacé l'ancien "plan de formation" depuis le 1er janvier 2019 (loi du 5 septembre 2018). Ce changement de nom reflète un changement de logique : on ne parle plus seulement de "former" mais de "développer les compétences" — une vision plus large qui inclut des actions autres que les formations classiques en salle (tutorat, mise en situation, accompagnement, e-learning).
Le PDC est un document interne à l'entreprise qui recense :
- Les actions de formation prévues pour les salariés sur la période (généralement l'année N ou N+1)
- Les catégories d'actions (obligatoires ou non obligatoires)
- Le budget prévisionnel alloué
- Les salariés ou populations ciblés
Il est établi par l'employeur, qui en est seul responsable. Le salarié n'en est pas l'initiateur — c'est la différence fondamentale avec le CPF.
Obligations légales selon la taille de l'entreprise
| Taille | Obligation PDC | Consultation CSE | Contribution formation |
|---|---|---|---|
| Moins de 11 salariés | Pas de PDC formalisé obligatoire | Non | 0,55 % masse salariale |
| 11 à 49 salariés | PDC recommandé, non obligatoire | Non (pas de CSE obligatoire) | 1 % masse salariale |
| 50 salariés et plus | PDC obligatoire | Oui — consultation CSE annuelle | 1 % masse salariale |
Pour les entreprises de 50+ salariés : le PDC doit être soumis au CSE pour consultation avant le 31 décembre de l'année N pour l'année N+1. Cette consultation porte sur les orientations de la formation, le budget prévisionnel et les catégories d'actions. Le CSE émet un avis — qui n'est pas un accord, mais doit être recueilli.
Formations obligatoires vs non obligatoires : une distinction cruciale
Le PDC distingue deux catégories d'actions, avec des règles très différentes :
Catégorie 1 : formations obligatoires
Ce sont les formations requises par une disposition légale ou réglementaire pour l'exercice du métier ou pour la sécurité. Exemples : CACES, habilitations électriques, formations hygiène alimentaire, SST (Sauveteur Secouriste du Travail).
Pour ces formations : le salarié ne peut pas les refuser. Elles se tiennent obligatoirement pendant le temps de travail. Le salaire est maintenu à 100 %.
Catégorie 2 : formations non obligatoires
Toutes les autres actions de développement des compétences : montée en compétences techniques, formations managériales, langues, digital, certifications métier. Le salarié peut les refuser (son refus ne constitue pas une faute). Elles peuvent se tenir en dehors du temps de travail avec l'accord du salarié (dans la limite de 30h par an pour les non-cadres, 2 % du forfait pour les cadres). Le salaire est maintenu si elles ont lieu pendant le temps de travail.
Comment construire son PDC : la méthode en 5 étapes
-
Analyser les enjeux stratégiques de l'entreprise
Quels sont les projets de l'entreprise pour les 12-24 prochains mois ? Nouveau marché, nouveau produit, transformation digitale, croissance de l'effectif, mise aux normes réglementaire ? Ces enjeux déterminent les compétences dont vous aurez besoin.
-
Recenser les compétences actuelles et les écarts
Pour chaque poste ou population clé, identifiez les compétences actuellement maîtrisées et celles qui manquent ou seront nécessaires demain. Les entretiens professionnels (obligatoires tous les 2 ans) sont la source naturelle de cette information.
-
Prioriser les besoins
Tous les besoins identifiés ne peuvent pas être couverts dans la même année. Priorisez selon trois critères : urgence (compétence manquante déjà bloquante), impact (effet attendu sur la performance), faisabilité (budget, disponibilité des salariés, offre de formation disponible).
-
Identifier les actions de formation adaptées
Pour chaque besoin prioritaire : quelle formation, quel format (présentiel, distanciel, hybride), quelle durée, quel organisme, quel financement possible (fonds propres, OPCO, CPF salarié) ?
-
Budgéter et planifier
Estimez le coût total (pédagogique + coût salarial pendant la formation + éventuels frais de déplacement). Planifiez les sessions en tenant compte des contraintes d'activité. Définissez les indicateurs qui vous permettront d'évaluer l'efficacité.
Les arbitrages difficiles du PDC
Dans la réalité, construire un PDC implique des arbitrages que les guides officiels n'évoquent jamais vraiment :
- Former qui en priorité ? Les salariés les plus performants (pour les garder) ou les moins performants (pour les élever) ? Les postes stratégiques ou toute l'équipe ? Il n'y a pas de réponse universelle — ça dépend de votre situation.
- Former sur le poste actuel ou préparer demain ? Un plan uniquement centré sur les besoins immédiats fait tourner l'entreprise à court terme mais ne prépare pas les transformations à venir. L'idéal : 70 % de formations liées aux besoins actuels, 30 % de formations prospectives.
- Gérer les demandes individuelles non alignées avec les priorités : un salarié veut se former à quelque chose qui ne correspond pas aux besoins identifiés. La réponse honnête : orientez-le vers son CPF. Le PDC est l'outil de l'entreprise, le CPF est l'outil du salarié.
Le PDC n'est pas une liste de cadeaux faits aux salariés. C'est un investissement de l'entreprise dans ses propres capacités. Traitement équitable ne veut pas dire traitement identique — chaque salarié reçoit ce dont il a besoin pour tenir son rôle dans la stratégie de l'entreprise.
Financement : comment mobiliser votre OPCO
Les entreprises versent chaque année une contribution légale à leur OPCO (Opérateur de Compétences) selon leur branche professionnelle. Cette contribution permet de co-financer les formations du PDC, notamment pour les petites entreprises.
Selon votre OPCO et votre taille :
- Entreprises de moins de 50 salariés : prise en charge généralement de 50 à 100 % du coût pédagogique selon la priorité de la formation et les fonds disponibles
- Entreprises de 50 à 300 salariés : co-financement partiel selon les orientations prioritaires de l'OPCO
- Formations prioritaires : certaines thématiques (transition numérique, transition écologique, formations certifiantes) bénéficient de taux de prise en charge plus élevés
Notre article détaillé sur le financement OPCO vous donne les grilles tarifaires par OPCO et les démarches de demande de prise en charge.
PDC et CPF : comment articuler les deux
PDC et CPF ne sont pas concurrents — ils sont complémentaires. La règle simple :
- PDC : formations décidées par l'entreprise, financées par l'entreprise (+ OPCO), qui servent les besoins de l'entreprise
- CPF : formations choisies par le salarié, financées par ses droits personnels, qui servent son projet professionnel
Les deux peuvent se combiner : un salarié peut abonder son CPF avec des fonds de l'entreprise pour financer une formation plus longue ou plus chère que ce que ses droits CPF couvrent. C'est l'abondement employeur du CPF — un outil de fidélisation RH sous-utilisé.
Autre articulation possible : co-financer une formation CPF sur le temps de travail via le PDC, si la formation sert aussi les intérêts de l'entreprise. Un accord entre employeur et salarié suffit.
Mesurer le ROI de la formation
C'est le point que la plupart des entreprises négligent — et pourtant c'est ce qui permet de justifier (ou d'optimiser) le budget formation.
Le modèle Kirkpatrick, référence mondiale, distingue 4 niveaux d'évaluation :
- Réaction : les participants ont-ils apprécié la formation ? (questionnaire de satisfaction à chaud)
- Apprentissage : ont-ils acquis les compétences visées ? (évaluation à froid, 1 à 3 mois après)
- Transfert : les compétences sont-elles mises en pratique ? (observation terrain, entretien manager)
- Résultats : quel impact mesurable sur la performance de l'entreprise ? (indicateurs métier : productivité, qualité, réduction des erreurs, satisfaction client)
En pratique pour une PME : au minimum le niveau 1 (satisfaction) et le niveau 3 (transfert mesuré à 3 mois). C'est ce qui vous permet de savoir si votre investissement a fonctionné — et de choisir les bons organismes pour l'année suivante.
Les erreurs fréquentes dans la construction du PDC
- Reconduire le même plan chaque année sans se poser de questions : "On fait toujours la formation Excel en janvier" n'est pas une stratégie de formation
- Construire le PDC sans impliquer les managers : les managers de proximité sont les mieux placés pour identifier les besoins réels de leurs équipes. Les exclure du processus, c'est produire un plan déconnecté du terrain
- Ignorer les besoins non exprimés : certains salariés n'osent pas dire qu'ils ont des difficultés. Les entretiens professionnels et les observations managériales permettent de détecter des besoins que personne ne verbalise
- Ne pas anticiper les formations réglementaires : un CACES expiré qui bloque la production, une habilitation électrique non renouvelée qui immobilise un technicien — ces situations arrivent quand le PDC ne prend pas en compte les échéances réglementaires
- Négliger l'organisation logistique : une bonne formation au mauvais moment (pic d'activité, congés) ne se passe jamais bien. Planifiez les formations en tenant compte du calendrier de l'activité
Questions fréquentes sur le PDC
Qu'est-ce que le plan de développement des compétences ?
Le plan de développement des compétences (PDC) est le document par lequel l'employeur recense les actions de formation qu'il prévoit pour ses salariés. Il a remplacé le plan de formation en 2019. Il recouvre deux catégories : les formations obligatoires (liées à la sécurité ou aux conditions réglementaires) et les formations non obligatoires (développement des compétences métier).
Le plan de développement des compétences est-il obligatoire ?
Le PDC n'est pas obligatoire en tant que document formalisé pour les entreprises de moins de 50 salariés. En revanche, les obligations de formation réglementaire s'imposent à tous. Au-delà de 50 salariés, le PDC doit être présenté au CSE pour consultation avant le 31 décembre pour l'année suivante.
Comment financer le plan de développement des compétences ?
Le PDC est financé par l'entreprise sur ses fonds propres. Les entreprises de moins de 50 salariés peuvent mobiliser leur OPCO pour co-financer tout ou partie des formations. La contribution légale à la formation professionnelle (0,55 % à 1 % de la masse salariale selon la taille) permet cette mutualisation.
Quelle est la différence entre le PDC et le CPF ?
Le PDC est à l'initiative de l'employeur : c'est lui qui décide des formations et les finance. Le CPF est à l'initiative du salarié : c'est lui qui choisit et mobilise ses droits personnels. Les deux sont complémentaires et peuvent être articulés via l'abondement employeur du CPF.
Nous accompagnons les PME et ETI de Sarthe dans la construction de leur PDC : analyse des besoins, sélection des formations, montage des dossiers OPCO. Diagnostic gratuit, sans engagement.
Prendre rendez-vous Calculer le financement